Formations professionnelles

Types de feux : pourquoi l’eau aggrave certains incendies (et quel extincteur choisir)

Benoît Masseron 5 min de lecture
Type de feux : eau et extincteur ABC contre incendies, classe F et huile

Un feu se combat avec l’agent qui correspond à ce qui brûle, pas avec le premier extincteur à portée de main. Les types de feux sont classés selon la nature du combustible : c’est cette classification, définie par la norme NF EN 2, qui indique ce qu’il faut utiliser… et surtout ce qu’il ne faut jamais utiliser.

Comprendre la logique : un combustible, une classe, un agent

Ce que mesure une classe de feu

Un feu naît de la rencontre d’un combustible, d’un comburant (l’oxygène de l’air) et d’une source de chaleur. Retirer l’un de ces éléments suffit à l’éteindre : refroidir, étouffer ou couper l’alimentation. Chaque classe regroupe les combustibles qui réagissent de la même façon à ces actions. L’eau refroidit très bien un tas de bois, mais elle est inutile, voire dangereuse, sur de l’huile chaude.

Quiz : savez-vous réagir face à chaque type de feu ?

Répondez aux 7 questions, puis validez pour découvrir votre score.

0 / 7 réponses Score : –

Cinq classes, une logique de prudence

La classification européenne retient les classes A, B, C, D et F. Elle ne comporte pas de classe « électrique » : l’électricité n’est qu’une source d’ignition, nous y reviendrons. Une nouvelle classe L, consacrée aux batteries lithium-ion, est évoquée par certains organismes de formation comme introduite dans la norme ISO 3941:2026.

Les cinq classes de feux en un coup d’œil

ClasseCombustibleExemplesAgents adaptésÀ proscrire
ASolides formant des braisesBois, papier, tissus, cartonEau, eau pulvérisée avec additif, poudreCO2 (risque de reprise)
BLiquides ou solides liquéfiablesEssence, fioul, solvants, alcool, plastique, peinturesMousse, poudre, CO2, eau pulvérisée avec additifJet d’eau
CGazButane, propane, acétylène, gaz de ville, méthanePoudre, après coupure de l’alimentationÉteindre la flamme sans couper le gaz
DMétauxMagnésium, titane, aluminium, sodium, potassium, limaille de ferPoudre spéciale DEau
FHuiles et graisses de cuissonFriteuse, poêleExtincteur classe F, couvercle, serviette humide non trempéeEau
Les types de feux : classes A, B, C, D et F, combustibles et agents à proscrire
Les types de feux : classes A, B, C, D et F, combustibles et agents à proscrire

Classe par classe : comportement et réflexes

A et B : les feux les plus courants

Les feux de classe A concernent des solides qui se consument en laissant des braises. Ce sont elles qui expliquent les reprises : un foyer qui paraît éteint peut repartir. C’est aussi pourquoi le CO2, qui étouffe sans refroidir, est déconseillé. Pour la classe B, le danger est la propagation : un liquide enflammé s’étale. Le jet d’eau est à bannir, car il disperse le combustible ; on privilégie la mousse, la poudre ou le CO2.

Extincteurs en entreprise : les obligations réglementaires à respecter — Un article de blog qui rappelle le cadre légal de l’équipement en extincteurs en entreprise et l’enjeu de la prévention du risque incendie, en s’appuyant sur des chiffres de l’INRS.

C : d’abord couper le gaz

Sur un feu de gaz, la priorité est de couper l’alimentation. Si l’on éteint la flamme alors que le gaz continue de s’échapper, il s’accumule et peut exploser au moindre point chaud. La poudre peut aider à maîtriser la flamme, mais elle ne remplace jamais la fermeture de l’arrivée.

D et F : là où l’eau devient dangereuse

Sur les métaux en combustion (classe D), seule la poudre spéciale D convient. Sur les huiles et graisses de cuisson (classe F), l’eau tombe au fond, se vaporise brutalement et projette l’huile enflammée : le résultat est une boule de feu. En cuisine, on étouffe avec un couvercle ou une serviette humide, bien essorée, et on utilise un extincteur de classe F si l’on en dispose.

Pensez à ces règles comme à un fossé de sécurité : de l’autre côté se trouvent les gestes instinctifs, comme jeter de l’eau. Ce qui sépare un départ de feu maîtrisé d’un sinistre aggravé est parfois un simple réflexe appris à froid, quand le stress n’a pas encore pris le dessus. Mieux vaut associer à l’avance chaque pièce de la maison ou de l’atelier à son combustible dominant : couvercle près de la plaque, accès au robinet de gaz dégagé.

Les cas qui posent question : électricité et batteries

Pourquoi il n’existe pas de classe E

Un court-circuit ne brûle pas lui-même : il enflamme le plastique des câbles, le bois ou un autre matériau. Le feu relève donc de la classe du combustible réel, souvent A ou B selon les sources. Le réflexe est de couper le courant si on le peut sans danger. L’eau avec additif est utilisable sur des installations sous tension inférieure à 1000 V. Pour les armoires électriques et les salles serveurs, le CO2 est recommandé, car il ne laisse aucun résidu.

Batteries lithium-ion : l’emballement thermique

Une batterie lithium-ion peut s’enflammer par emballement thermique : une réaction interne auto-entretenue, à très haute température, qui dégage des gaz toxiques, provoque des projections et peut reprendre après extinction apparente. Le feu peut même se poursuivre sans apport d’oxygène extérieur. D’où l’intérêt de la classe L, avec des agents spécifiques de type vermiculite en dispersion aqueuse. En pratique, pour une trottinette ou un vélo électrique, on ne prend pas de risque : on évacue, on alerte les secours et on ne s’approche pas des fumées.

Choisir son extincteur et se former

Quel extincteur selon le lieu

Dans un logement, un extincteur à poudre ABC couvre les classes A, B et C, ce qui en fait un choix polyvalent. Une cuisine gagnera à ajouter un extincteur de classe F ou une couverture anti-feu. Dans un local technique ou une salle informatique, le CO2 est préférable. Un atelier travaillant des métaux réactifs nécessite de la poudre D. Vérifiez toujours les pictogrammes de classe sur l’appareil : ils indiquent sur quels feux il est homologué.

Obligations et entraînement

En entreprise, l’employeur doit assurer la sécurité incendie, avec des moyens d’extinction adaptés et des personnels formés. Le Code du travail, notamment les articles R4227-28 et R4227-39, encadre ces obligations. Une formation pratique, avec manipulation sur un feu réel, permet d’apprendre à reconnaître la classe d’un feu et à agir calmement. Quel que soit le type de feu, la règle reste la même : si le départ de feu n’est pas maîtrisé rapidement, on évacue et on appelle le 18 ou le 112.

Benoît Masseron

Partager cet article

Retour en haut