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Feu de classe A, B, C, D et F : le bon extincteur selon le combustible

Benoît Masseron 8 min de lecture

Un feu de classe désigne un incendie classé selon la nature de ce qui brûle, bois, liquide inflammable, gaz, métal, huile de cuisson, équipement électrique ou batterie. Cette classification sert à choisir le bon agent extincteur et à éviter un réflexe dangereux, comme jeter de l’eau sur un feu qui peut exploser, se propager ou provoquer une électrocution.

Comprendre la logique d’un feu de classe

La classe de feu ne décrit pas la taille des flammes, mais le combustible impliqué. C’est le point de départ. Deux incendies qui se ressemblent peuvent demander des réponses opposées. Une corbeille à papier en feu, une friteuse qui s’embrase et une fuite de gaz enflammée ne se traitent pas avec le même extincteur ni avec le même réflexe.

La classification la plus courante retient 5 classes principales : A, B, C, D et F. Certaines sources mentionnent aussi une ancienne classe E pour les feux d’origine électrique, ainsi qu’une classe L pour les batteries et cellules lithium-ion. Ces catégories complémentaires restent utiles, car l’électricité et les batteries changent fortement la conduite à tenir.

En pratique, identifier la classe revient à répondre à une question simple : qu’est-ce qui brûle réellement ? Le matériau lui-même, une vapeur inflammable, un gaz sous pression, un métal réactif ou une graisse de cuisson ? La réponse permet d’évaluer le risque principal, braises, explosion, projection, reprise de feu, toxicité ou emballement thermique.

Les principales classes de feu et leurs combustibles

Classe A : les solides braisants

Les feux de classe A concernent les matériaux solides, souvent secs, qui produisent des braises : bois, papier, carton, tissu, certains plastiques ou déchets ordinaires. On les rencontre facilement dans une habitation, un bureau, un entrepôt ou un atelier. C’est la classe la plus fréquente dans la vie courante.

Guide complet des classes de feux et de leur classification — Découvrez la classification officielle des incendies selon la nature des matériaux combustibles pour mieux comprendre les risques et les moyens d’extinction adaptés.

Leur particularité est le feu couvant. Même si les flammes semblent disparaître, des braises peuvent rester actives à l’intérieur du matériau et provoquer une reprise. L’extinction doit donc agir en profondeur, le plus souvent par refroidissement, avec de l’eau pulvérisée ou un agent adapté aux feux secs. Un simple arrosage superficiel ne suffit pas toujours.

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Classe B : les liquides inflammables et solides liquéfiables

Les feux de classe B impliquent des liquides inflammables ou des solides qui fondent sous l’effet de la chaleur : essence, solvants, peinture, alcool, hydrocarbures, cire, certains plastiques liquéfiables. Ici, ce sont souvent les vapeurs qui s’enflamment, ce qui rend la propagation rapide et parfois spectaculaire.

Contrairement à un feu de classe A, un feu de classe B ne couve pas de la même manière. Le danger vient plutôt de l’étalement du liquide, du point d’éclair bas et du risque de réinflammation si les vapeurs restent présentes. La mousse, la poudre ou le CO2 peuvent être utilisés selon la situation et l’environnement. Le choix dépend aussi de la surface à couvrir et de l’accès au foyer.

Classes C, D et F : gaz, métaux et graisses de cuisson

La classe C correspond aux gaz inflammables : butane, propane, gaz naturel, acétylène. Le danger majeur est l’explosion, surtout si la fuite continue. Lorsque c’est possible sans se mettre en danger, la priorité est de couper l’alimentation en gaz. Éteindre la flamme sans arrêter la fuite peut laisser un nuage inflammable se former.

La classe D concerne les métaux combustibles comme le magnésium, le sodium, le lithium ou l’aluminium sous certaines formes. Ces feux sont rares dans un logement, mais possibles en milieu industriel, en atelier ou dans certains environnements techniques. Ils réagissent violemment avec l’eau et nécessitent des poudres spécifiques D. Ici, l’agent extincteur doit être choisi avec soin, car une mauvaise action aggrave souvent la situation.

La classe F désigne les huiles et graisses de cuisson, notamment dans les cuisines domestiques ou professionnelles. Une huile surchauffée peut s’enflammer et projeter violemment si l’on ajoute de l’eau. Les agents de classe F agissent par étouffement et saponification, en formant une couche qui isole la graisse de l’oxygène et limite la reprise. C’est la classe à connaître en priorité dans une cuisine.

Quel extincteur utiliser selon la classe de feu ?

Le bon extincteur dépend de la classe, mais aussi du lieu : logement, bureau, cuisine, atelier, local électrique ou zone industrielle. Un appareil polyvalent peut couvrir plusieurs risques courants, mais aucun extincteur n’est universel. Lire les pictogrammes et les lettres indiquées sur l’étiquette reste indispensable. Un mauvais choix peut éteindre la flamme sans supprimer le danger.

Classe Combustible Risque principal Agents généralement adaptés
A Bois, papier, carton, tissus, solides braisants Braises et reprise de feu Eau pulvérisée, eau avec additif, certains extincteurs polyvalents
B Liquides inflammables, solvants, carburants, solides liquéfiables Étalement, vapeurs inflammables, réinflammation Mousse, poudre, CO2 selon le contexte
C Gaz inflammables Explosion, fuite non maîtrisée Poudre, avec priorité à la coupure de l’alimentation
D Métaux combustibles Réaction violente avec l’eau, projections Poudres spécifiques D
F Huiles et graisses de cuisson Projection, auto-inflammation, reprise Agents de classe F adaptés aux feux de cuisson
Électrique Équipements sous tension Électrocution, court-circuit, reprise CO2 ou agent compatible, après coupure du courant si possible
L selon certaines sources Batteries lithium-ion Emballement thermique, fumées, réallumage Solutions spécialisées et intervention adaptée au risque
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Pour mémoriser le choix de l’agent extincteur, il est utile de penser en termes d’action : l’eau refroidit, la mousse sépare le combustible de l’air, le CO2 prive la flamme d’oxygène dans un volume limité, la poudre interrompt la réaction de combustion, l’agent de classe F transforme la surface grasse en barrière plus stable. Cette lecture évite une erreur fréquente, vouloir éteindre les flammes sans traiter le mécanisme qui les entretient.

Feux électriques et batteries lithium-ion : deux cas à part

L’ancienne classe E et le risque électrique

La classe E est parfois citée pour les feux d’origine électrique, mais elle n’est pas toujours présentée comme une classe actuelle dans les mêmes systèmes de classification. Le point important reste opérationnel : tant qu’un équipement est sous tension, le risque d’électrocution s’ajoute au feu lui-même. Le feu n’est pas le seul problème, l’installation peut rester dangereuse même si les flammes semblent maîtrisées.

Sur un tableau électrique, une multiprise, une machine ou un appareil branché, la première mesure consiste à couper le courant si cela peut être fait sans danger. Le CO2 est souvent utilisé sur ce type de départ de feu, car il ne laisse pas de résidu et n’est pas conducteur dans les conditions normales d’emploi. L’eau pulvérisée peut être mentionnée dans certaines références pour des tensions inférieures à 1 000 V, mais elle ne doit pas être improvisée : il faut un matériel prévu pour cet usage et une distance de sécurité.

Feux de batteries lithium-ion : l’emballement thermique

Les batteries lithium-ion, présentes dans les téléphones, ordinateurs, vélos électriques, outils électroportatifs ou systèmes de stockage, posent un problème différent. Elles peuvent entrer en emballement thermique : la chaleur interne déclenche une réaction qui entretient le feu, produit des fumées et peut provoquer des réallumages. Le phénomène peut repartir alors que l’incendie semble éteint.

Certaines sources mentionnent une classe L pour les feux de batteries et cellules lithium-ion. Dans les faits, ces incendies demandent une grande prudence, car l’extinction visible ne signifie pas forcément que le cœur de la batterie est refroidi. En cas de fumée, gonflement, sifflement ou forte chaleur, il faut éloigner les personnes, éviter de manipuler l’objet à mains nues et appeler les secours si le phénomène prend de l’ampleur. Le risque reste surtout lié à la reprise.

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Les erreurs à éviter selon la classe de feu

La première erreur est d’utiliser l’eau par réflexe. Elle est pertinente sur de nombreux feux de classe A, mais dangereuse sur les graisses de cuisson, les liquides inflammables, les métaux combustibles et les équipements sous tension. Sur une friteuse, elle vaporise instantanément et projette l’huile enflammée. Sur certains métaux, elle peut provoquer une réaction violente. Sur l’électricité, elle ajoute un risque humain immédiat.

La deuxième erreur est de s’approcher trop près. Un extincteur s’utilise à distance raisonnable, en visant la base des flammes, pas leur sommet. Si le feu est déjà haut, s’il produit beaucoup de fumée, s’il bloque une sortie ou s’il concerne du gaz, la priorité n’est plus de tenter une action improvisée : il faut évacuer, alerter et laisser intervenir les secours. Le temps perdu augmente le risque.

La troisième erreur est de croire qu’un feu éteint est forcément terminé. Les braises d’un feu de classe A, les vapeurs d’un feu de classe B, la graisse encore chaude d’un feu de classe F ou une batterie en emballement peuvent relancer l’incendie. Après une extinction réussie, il faut surveiller, ventiler si c’est possible sans s’exposer, isoler la zone et ne pas remettre en service l’installation concernée avant vérification. La vigilance après coup compte autant que l’action initiale.

Pour un logement, les classes A, B, F et les risques électriques sont les plus probables. Pour un restaurant, la classe F devient centrale. Pour un atelier ou une industrie, les classes B, C ou D peuvent imposer des extincteurs spécialisés et une formation adaptée. La bonne protection ne consiste donc pas à acheter un extincteur au hasard, mais à faire correspondre l’équipement aux combustibles réellement présents. C’est ce choix qui réduit le risque d’erreur d’intervention.

Benoît Masseron

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