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Tableau résistance au feu des matériaux : de SF/PF/CF à REI en une seule lecture

Benoît Masseron 7 min de lecture
Tableau résistance au feu des matériaux de construction : SF/PF/CF à REI

Face à un devis de bureau d’études ou à un cahier des charges ERP, on tombe vite sur des sigles qui ne se ressemblent pas : SF 1h, PF 30, CF 2h d’un côté, REI 120, EI 60 de l’autre. Ces deux écritures décrivent pourtant la même réalité physique : la capacité d’un élément de construction à tenir face au feu. Mais elles appartiennent à deux générations de classement qui coexistent encore sur le terrain. Ce tableau de correspondance et les repères qui l’accompagnent permettent de passer de l’un à l’autre sans perdre de temps ni se tromper de référence.

Résistance au feu ou réaction au feu : ne pas confondre les deux logiques

Avant même de lire un tableau de classement, il faut situer ce qu’il mesure. La réaction au feu décrit la façon dont un matériau participe à un incendie déjà déclaré : s’enflamme-t-il vite, dégage-t-il beaucoup de fumées, propage-t-il les flammes ? C’est le registre du classement M (français, M0 à M4) et des Euroclasses (A1 à F). La résistance au feu, elle, mesure autre chose : le temps pendant lequel un élément de construction (mur, plancher, porte, poutre) conserve son rôle structurel ou séparatif alors que l’incendie fait rage autour de lui. C’est ce second registre, celui des classements SF, PF, CF et de leurs équivalents européens R, E, I, REI, qui fait l’objet de ce tableau.

Conversion Classement Feu

OU

La distinction n’est pas qu’académique. Un isolant peut très bien être correctement classé en réaction au feu (peu de fumées, faible propagation) sans offrir la moindre résistance structurelle en cas d’incendie prolongé. À l’inverse, une paroi peut tenir deux heures sans pour autant limiter la propagation des fumées si elle est mal associée à d’autres composants. Les deux classements se complètent, ils ne se substituent jamais l’un à l’autre.

Les trois critères qui définissent la résistance au feu

Stabilité, étanchéité, isolation : ce que mesurent vraiment les essais

Le classement de résistance au feu, qu’il soit exprimé en français ou en euroclasse, repose sur trois critères testés indépendamment lors d’essais normalisés, généralement réalisés par des laboratoires agréés comme le CSTB ou le LNE. La stabilité mécanique (R en européen) vérifie que l’élément continue de porter les charges pour lesquelles il a été conçu, sans effondrement. L’étanchéité aux flammes et aux gaz chauds (E) contrôle qu’aucune brèche ne laisse passer le feu d’un côté à l’autre de la paroi. L’isolation thermique (I) mesure enfin que la face non exposée au feu ne monte pas à une température qui deviendrait elle-même dangereuse, typiquement en propageant l’incendie à la pièce voisine par simple contact ou rayonnement.

Un élément peut cumuler ces trois critères (REI) ou n’en satisfaire qu’une partie : une porte vitrée peut par exemple être classée E seulement, c’est-à-dire étanche aux flammes sans isoler thermiquement, ce qui suffit pour certains usages mais pas pour d’autres. Comprendre cette logique modulaire évite de sur-spécifier ou, pire, de sous-spécifier un produit.

Pourquoi les durées sont exprimées en minutes plutôt qu’en heures

Le système européen a remplacé les fractions d’heure du système français (1/4h, 1/2h, 3/4h, 1h, 1h30, 2h, 3h, 4h, 6h) par des paliers en minutes (15, 30, 45, 60, 90, 120, 180, 240, 360). Le changement peut sembler cosmétique, mais il reflète une volonté d’harmonisation avec les normes d’essai européennes EN 13501-1 et EN 13501-2, qui chronomètrent les résultats en continu plutôt que par créneaux horaires arrondis. Dans la pratique, les paliers restent identiques : une porte stable au feu 2 heures selon l’ancien système correspond très exactement à un palier 120 minutes selon le nouveau.

Tableau de correspondance : classement français et euroclasses de résistance

Voici la table de correspondance qui synthétise les équivalences entre les anciens classements français et les classements européens actuels, avec les exemples d’usage les plus courants pour chaque durée.

Classement françaisÉquivalent européenDuréeExemple d’application courante
SF 1/4hR 1515 minutesCloisons légères, éléments non porteurs secondaires
SF 1/2hR 3030 minutesPlanchers intermédiaires en habitation individuelle
PF 1/2hE 3030 minutesPortes d’accès à des locaux techniques
PF 1hE 6060 minutesPortes de circulation en ERP de faible effectif
CF 1/2hREI 3030 minutesCloisons séparatives entre logements
CF 1hREI 6060 minutesPortes coupe-feu de gaines techniques
CF 1h30REI 9090 minutesParois de compartimentage en parking souterrain
CF 2hREI 120120 minutesMurs séparatifs entre bâtiments, gaines de désenfumage
CF 4hREI 240240 minutesStructures porteuses de bâtiments de grande hauteur

Les sigles SF (stable au feu), PF (pare-flammes) et CF (coupe-feu) correspondent respectivement, dans le système européen, à R (stabilité seule), E ou EI (étanchéité, avec ou sans isolation) et REI (les trois critères cumulés). Un élément coupe-feu au sens français est donc systématiquement un REI en euroclasse, jamais un simple R ou E.

Choisir le bon classement selon le type de bâtiment

ERP, logements collectifs et bâtiments industriels : des exigences différenciées

La durée de résistance exigée dépend directement de la catégorie du bâtiment et de son effectif. Un établissement recevant du public de 1re catégorie n’aura pas les mêmes obligations qu’une maison individuelle ou qu’un entrepôt logistique. Les parois séparant deux compartiments, les gaines techniques verticales, les trémies d’escalier ou encore les locaux à risque particulier (chaufferies, locaux de stockage) concentrent généralement les exigences les plus élevées, avec des REI 120 ou REI 240 fréquemment demandés. À l’inverse, une cloison intérieure non structurelle dans un local à faible effectif peut se contenter d’un R 15 ou R 30.

Dans les parkings souterrains et les bâtiments de grande hauteur, la logique de compartimentage devient centrale : chaque paroi doit contenir un départ de feu suffisamment longtemps pour permettre l’évacuation et l’intervention des secours, ce qui explique pourquoi ces ouvrages figurent souvent parmi les cas les plus exigeants du tableau.

Le rôle du procès-verbal de classement dans le choix d’un produit

Un classement de résistance au feu n’est jamais une caractéristique intrinsèque et définitive du matériau seul : il s’applique à un système complet, testé dans une configuration précise (épaisseur, fixation, association avec d’autres composants) et validé par un procès-verbal d’essai. Ce document, généralement valable 5 ans, doit correspondre exactement à la mise en œuvre réelle sur le chantier : changer l’épaisseur d’un isolant ou le type de fixation d’une porte coupe-feu peut suffire à invalider le classement annoncé par le fabricant.

Au-delà de la simple lecture du tableau, il faut qu’un acteur du projet (architecte, bureau de contrôle ou responsable sécurité) vérifie que chaque produit posé correspond bien au PV qui l’accompagne, et que rien n’a été substitué en cours de chantier pour des raisons de coût ou de disponibilité. Cette vigilance, exercée en continu plutôt qu’au seul moment de la réception, évite les écarts entre ce qui a été classé en laboratoire et ce qui se retrouve réellement en place : une porte coupe-feu montée avec un jeu périphérique trop large, un calfeutrement de gaine technique oublié, ou un isolant remplacé par une référence voisine mais non testée dans cette configuration précise. Ces écarts ne se voient pas à l’œil nu et ne sont détectés, la plupart du temps, qu’au moment où il est déjà trop tard.

Lire une étiquette de classement sans se tromper

Sur un produit ou dans une fiche technique, le classement apparaît sous une forme codifiée qu’il faut savoir décomposer. Une porte annoncée « EI2 60 » combine le critère d’étanchéité et d’isolation thermique (EI), un indice précisant le type de mesure d’isolation retenu (le chiffre 2 renvoie à une méthode de mesure spécifique définie par la norme d’essai), et la durée en minutes. De la même façon, « REI 120 » signale un élément stable, étanche et isolant pendant 120 minutes, soit l’équivalent exact d’un CF 2h dans l’ancien système. Prendre l’habitude de décomposer chaque sigle, d’abord les lettres de critère, puis la durée, évite les erreurs d’interprétation, en particulier quand plusieurs classements proches se côtoient sur un même document de prescription.

Le marquage CE des produits de construction, lorsqu’il est obligatoire, s’appuie sur ces mêmes euroclasses de résistance : c’est en pratique la référence à privilégier pour tout achat récent, le classement français restant surtout utile pour interpréter des documents ou des installations plus anciennes qui n’ont pas été mises à jour.

Benoît Masseron

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