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EI60, EI120 ou REI : les preuves à vérifier avant de choisir une cloison coupe-feu

Benoît Masseron 9 min de lecture

Une cloison coupe-feu ne sert pas seulement à séparer deux pièces. Elle bloque la propagation des flammes, des fumées et de la chaleur pendant un temps défini, pour protéger les occupants et faciliter l’évacuation. Avant une construction, une rénovation ou une mise en conformité, il faut donc choisir le bon niveau de résistance au feu et vérifier les justificatifs techniques.

Comprendre le rôle réel d’une cloison coupe-feu

Dans un bâtiment, le feu ne se propage pas uniquement par les flammes visibles. Les fumées, les gaz chauds, les passages techniques mal traités et les défauts de jonction peuvent compromettre le compartimentage incendie. Une cloison coupe-feu est conçue pour ralentir cette propagation en gardant ses performances pendant une durée donnée, 60, 90 ou 120 minutes selon les systèmes.

Coupe-feu, pare-flamme, stable au feu : les différences à connaître

Le vocabulaire incendie est souvent confondu. Une paroi pare-flamme vise surtout l’étanchéité aux flammes et aux gaz chauds. Une paroi coupe-feu ajoute une exigence d’isolation thermique, avec une limitation de la montée en température du côté non exposé. La notion stable au feu concerne, elle, la capacité d’un élément porteur à garder sa stabilité mécanique pendant l’incendie.

Cette distinction explique les classements utilisés dans les projets. Le classement EI concerne l’étanchéité au feu et l’isolation thermique. Le classement REI ajoute la résistance mécanique, avec le critère R pour la portance. Une cloison non porteuse sera donc généralement analysée en EI, tandis qu’un mur ou un élément porteur peut relever du REI.

Pourquoi le compartimentage est central

Le compartimentage consiste à diviser un bâtiment en zones capables de résister au feu pendant un temps prévu. Cette logique est essentielle dans les logements collectifs, les ERP, les bureaux, les locaux techniques, les circulations et certains environnements industriels. Une cloison coupe-feu bien prescrite ne supprime pas le risque d’incendie, mais elle évite qu’un départ de feu local devienne immédiatement un sinistre généralisé.

Il faut la considérer comme un filtre de sécurité entre deux volumes. Le bâtiment fonctionne normalement au quotidien, puis les flux dangereux sont bloqués ou ralentis en situation critique. Cette image aide à raisonner la prescription. Une porte non conforme, un vitrage mal classé ou une traversée de câble non calfeutrée deviennent alors des fuites dans ce filtre. La performance ne dépend donc pas seulement du panneau choisi, mais de toute la continuité de l’ouvrage.

EI, REI, 1h ou 2h : lire correctement les performances

Les performances feu s’expriment par des lettres et une durée. EI60 signifie que la paroi maintient son étanchéité et son isolation thermique pendant 60 minutes dans les conditions d’essai prévues. EI120 correspond à 120 minutes. On rencontre aussi des performances EI90 et EI180 pour des exigences plus fortes.

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Les durées les plus fréquentes

Dans les dossiers techniques, les niveaux courants sont EI60, EI90, EI120 et EI180. Côté REI, les références peuvent être REI 15, REI 30, REI 60 ou REI 90, avec des cas allant jusqu’à REI 180 selon la nature de l’ouvrage et l’exigence réglementaire. La formulation “cloison coupe-feu 1h” renvoie généralement à une performance de 60 minutes, mais il faut toujours vérifier le classement exact indiqué dans le procès-verbal.

Performance Durée associée Lecture pratique
EI60 60 minutes Compartimentage courant pour de nombreux locaux et circulations selon prescription
EI90 90 minutes Niveau intermédiaire pour contraintes renforcées
EI120 120 minutes Protection élevée, souvent recherchée pour zones sensibles ou techniques
EI180 180 minutes Exigence très élevée pour ouvrages spécifiques
REI 30 à REI 90 30 à 90 minutes Cas d’éléments avec exigence de résistance mécanique

Le niveau dépend de l’usage du bâtiment

Le bon classement ne se choisit pas par excès de prudence systématique. Il dépend de la destination du bâtiment, de la hauteur, des circulations, des locaux adjacents, de la présence du public et des exigences applicables. Les logements peuvent être distingués par familles, de la 1ère famille à la 4ème famille. Les ERP, les bureaux, les locaux techniques, les salles blanches et certains sites industriels relèvent de logiques différentes.

En pratique, le maître d’œuvre, le bureau de contrôle ou le spécialiste sécurité incendie identifie l’exigence applicable, puis la solution constructive doit prouver qu’elle atteint cette performance dans une configuration comparable au chantier réel.

Les principales solutions techniques disponibles

Une cloison coupe-feu peut être légère, pleine, vitrée, mixte, démontable ou intégrée à un système de façade intérieure. Le choix dépend autant de la performance attendue que de la mise en œuvre, de l’acoustique, de l’esthétique et des contraintes de chantier.

Plaques de plâtre ignifugées et ossature métallique

Les solutions à base de plaques de plâtre ignifugées sont très utilisées pour les cloisons distributives et séparatives. On rencontre des plaques de type BA13, BA15, KF 13 ou KF 15 selon les gammes et les performances recherchées. Elles sont généralement posées sur ossature métallique, avec isolant adapté et traitement rigoureux des joints, abouts, liaisons périphériques et traversées.

Ces systèmes sont appréciés pour leur disponibilité, leur capacité à s’intégrer dans des chantiers classiques et leur compatibilité possible avec la correction acoustique. Des plaques plus techniques, comme des solutions haute dureté ou des complexes associant feu et acoustique, peuvent répondre à des besoins spécifiques de bureaux, d’écoles, d’hôtels ou de bâtiments recevant du public.

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Panneaux sandwich et parois industrielles

Les panneaux sandwich avec âme en laine de roche sont fréquents dans les environnements techniques, industriels, salles propres ou locaux nécessitant une surface facilement entretenue. Leur revêtement peut être en tôle d’acier galvanisé 5/10 ou 6/10, avec différentes finitions : laque polyester 25 μm, laque PVDF 35 μm, film PVC 100 à 120 μm ou complexe laque polyester + film PET 55 μm.

Ces compositions permettent de combiner résistance au feu, robustesse, hygiène de surface et modularité. Certains systèmes peuvent être livrés usinés ou pré-montés, ce qui réduit les aléas sur chantier, à condition que la pose respecte strictement les détails validés.

Cloisons vitrées, portes et châssis EI

La sécurité incendie n’impose pas toujours des parois opaques. Des solutions pleines, vitrées ou mixtes existent, notamment pour les bureaux, les ERP et les zones d’accueil où la transparence compte. Dans ce cas, la cohérence de l’ensemble est primordiale : vitrage EI, châssis fixe, porte coupe-feu, quincaillerie, joints et calfeutrements doivent appartenir à une solution justifiée.

Une cloison vitrée EI60 peut répondre à une exigence de compartimentage tout en conservant la lumière naturelle et la visibilité. Mais un vitrage performant intégré dans un châssis non adapté perd tout intérêt réglementaire.

Où installer une cloison coupe-feu selon le projet ?

Les besoins diffèrent fortement entre un immeuble d’habitation, un établissement recevant du public, un plateau de bureaux ou un local technique. L’analyse doit partir du risque, des flux d’occupants et des zones à isoler.

Logements, ERP et bureaux

Dans les logements collectifs, les cloisons et parois coupe-feu interviennent notamment pour protéger les circulations, séparer certains volumes et limiter la propagation entre logements ou parties communes. Dans les ERP, l’enjeu est renforcé par la présence du public, parfois non familier des lieux, avec des exigences particulières pour les dégagements, escaliers, locaux à risques et compartiments.

Dans les bureaux, la cloison coupe-feu peut répondre à une logique réglementaire et à une organisation fonctionnelle : séparation d’un local archives, d’un local électrique, d’un espace technique ou d’une zone recevant du public. L’acoustique devient alors un critère complémentaire important, notamment dans les salles de réunion et les espaces de travail partagés.

Rénovation et mise en conformité

En rénovation, le sujet est souvent plus complexe qu’en construction neuve. Les supports existants, hauteurs sous plafond, gaines, réseaux et réservations peuvent empêcher de reproduire exactement une configuration standard. Il faut alors vérifier si la solution dispose d’un procès-verbal applicable, d’un avis de chantier, d’un avis sur étude d’ingénierie ou d’une note de calcul adaptée.

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Les erreurs fréquentes concernent les percements non rebouchés avec un système validé, les jonctions approximatives avec un faux plafond coupe-feu, ou l’ajout ultérieur de câbles et tuyauteries sans reprise du calfeutrement. Une mise en conformité sérieuse doit donc inclure un contrôle de la continuité coupe-feu, pas seulement le remplacement visible d’une cloison.

Les preuves à exiger avant de valider une solution

Une performance annoncée ne suffit pas. Pour être recevable, une cloison coupe-feu doit être accompagnée de justificatifs cohérents avec le chantier : procès-verbal de classement, certification, marquage CE lorsque concerné, avis de chantier ou avis sur étude d’ingénierie. Ces documents précisent le domaine d’emploi, les dimensions maximales, les composants, le sens d’exposition au feu et les conditions de pose.

Les critères de choix à comparer

Avant de demander un devis ou de valider une prescription, il est utile de comparer cinq critères : le classement feu exigé, la compatibilité avec l’acoustique, la facilité de pose, l’esthétique et la disponibilité des preuves. Une solution EI120 très performante peut être inadaptée si elle ne permet pas l’intégration de portes, vitrages ou traversées techniques prévues. À l’inverse, une solution plus simple peut être suffisante si elle correspond exactement à l’exigence réglementaire.

  • Performance feu : EI60, EI90, EI120, EI180 ou REI selon la nature de l’ouvrage.
  • Composition : plaques ignifugées, laine de roche, panneau sandwich, profilés aluminium, vitrage EI.
  • Confort : correction acoustique, résistance aux chocs, finitions visibles.
  • Chantier : préfabrication possible, usinage, modularité, traitement des réseaux.
  • Conformité : PV, certifications, notes de calcul et domaine d’emploi clairement vérifiables.

Le bon choix n’est donc pas la cloison la plus coupe-feu sur le papier, mais celle qui répond au niveau requis, dans la configuration réelle du bâtiment, avec une mise en œuvre maîtrisée et des preuves opposables. C’est cette cohérence entre réglementation, système constructif et chantier qui garantit une protection incendie réellement fiable.

Benoît Masseron

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