Escaliers publics : les dimensions ne suffisent pas à garantir la sécurité
Un escalier destiné au public doit être adapté aux personnes qui l’empruntent, au bâtiment et aux conditions d’évacuation. Sa largeur et la hauteur de ses marches ne suffisent donc pas à valider un projet : contrastes, mains courantes, revêtement, implantation et stabilité comptent également. Pour choisir une solution, la première étape consiste à distinguer l’usage de l’escalier et le cadre réglementaire applicable.
Identifier l’usage avant de choisir un escalier
L’expression « escaliers publics » désigne des escaliers accessibles au public, sans définir à elle seule un régime technique unique. Ils peuvent desservir un établissement recevant du public, ou ERP, assurer un accès extérieur ou s’intégrer à une installation temporaire. Un ERP est un établissement dans lequel des personnes extérieures sont admises, selon les conditions propres à son activité.
Trois notions doivent être distinguées avant de consulter un fabricant ou de dessiner une implantation :
- L’escalier ouvert au public sert à la circulation des visiteurs et usagers.
- L’escalier de service répond à un besoin de desserte ; son appellation commerciale ne prouve pas qu’il convient à l’accueil du public.
- L’escalier de secours participe à l’évacuation et doit être étudié dans l’organisation générale des dégagements.
Un même ouvrage peut remplir plusieurs fonctions. Il faut alors examiner les exigences correspondantes ensemble, et non choisir celles qui semblent les moins contraignantes. La distinction entre construction neuve et cadre bâti existant est également déterminante. Enfin, sécuriser un escalier ne rend pas, à lui seul, un étage accessible aux personnes qui ne peuvent pas utiliser les marches.
Lire les dimensions selon le bâtiment et la fonction
Le guide Mon-ERP présente les valeurs ci-dessous. Elles constituent des repères à contextualiser, pas un dimensionnement universel. La largeur doit notamment être précisée sur les plans : largeur de l’ouvrage et largeur réellement disponible pour circuler ne se confondent pas nécessairement.
| Situation présentée par Mon-ERP | Hauteur de marche | Giron | Largeur indiquée |
|---|---|---|---|
| ERP neuf | ≤ 0,16 m | ≥ 0,28 m | 1,40 m |
| ERP dans le cadre bâti existant | ≤ 0,17 m | ≥ 0,28 m | 1,00 m |
| Escalier de secours ERP | 13 à 17 cm | 28 à 36 cm | 90 cm ou 140 cm |
Le giron correspond à la profondeur utile de la marche. Pour les escaliers de secours, Mon-ERP mentionne aussi la règle de Blondel : deux hauteurs de marche ajoutées à un giron donnent une somme comprise entre 60 et 64 cm. Cette relation aide à apprécier le confort du pas ; elle ne remplace ni les limites dimensionnelles applicables ni l’étude de l’évacuation.
Les valeurs relatives aux escaliers de secours ne doivent donc pas être utilisées pour écarter automatiquement celles concernant l’accessibilité. Il faut déterminer quelles prescriptions s’appliquent simultanément au projet. Les paliers, les changements de direction et le débattement des portes sont également à examiner : une volée correctement dimensionnée peut déboucher sur une circulation mal organisée.
Sécuriser tout le parcours, pas seulement les marches
Rendre l’approche et les changements de niveau perceptibles
Mon-ERP mentionne un dispositif d’éveil de vigilance au sommet de l’escalier et sur chaque palier, placé à 0,50 m avant la première marche, avec une adaptation possible à la longueur d’une marche en cas de contrainte d’espace. Cette adaptation doit être vérifiée pour le projet, et non retenue par simple commodité.
Le guide indique aussi une contremarche d’au moins 0,10 m sur la première et la dernière marche, avec un contraste visuel sur une hauteur minimale de 0,10 m. Les nez de marche doivent être non glissants et présenter un contraste sur au moins 3 cm à l’horizontale. Le revêtement doit rester non glissant, y compris en cas d’humidité.
Distinguer l’appui de la protection contre la chute
La main courante permet de se tenir ; le garde-corps protège contre une chute latérale. Ces fonctions ne sont pas interchangeables. Mon-ERP mentionne ces équipements des deux côtés et une hauteur de 0,80 à 1,00 m pour la main courante, à ne pas transposer automatiquement au garde-corps. La main courante doit être continue, solide, facile à saisir et prolongée horizontalement d’une longueur de marche au-delà de la première et de la dernière marche.
La sécurité fonctionne ici comme un filet à plusieurs mailles : perception du danger, adhérence du pied, possibilité de se retenir et protection latérale. Lors d’une visite, parcourez mentalement ces étapes avec une main occupée par un sac ou un regard dirigé vers une porte. Cela aide à repérer une rupture d’appui ou un contraste masqué, sans remplacer la vérification technique.
Vérifier la visibilité dans les conditions réelles
Le guide indique un éclairage de 150 lux, une signalisation de la direction de la sortie la plus proche et un contraste visuel pour la partie située sous l’escalier à moins de 2,20 m dans un espace de circulation. L’examen doit porter aussi sur les ombres, les reflets et les obstacles : une valeur d’éclairage ne décrit pas, à elle seule, la lisibilité des marches.
Relier l’implantation à l’évacuation et aux textes applicables
Le nombre et la largeur des escaliers ne se déterminent pas uniquement selon l’espace restant sur un plan. L’extrait de l’arrêté du 23 mars 1965 publié sur Légifrance les relie à l’effectif appelé à les emprunter et aux niveaux desservis. Il mentionne également une distance maximale de parcours de 40 m pour gagner un escalier.
Cette référence ancienne ne permet pas, isolément, de valider un projet actuel. Il faut contrôler son champ d’application, sa version et son articulation avec les dispositions applicables à l’établissement. Les unités de passage interviennent dans le raisonnement d’évacuation : elles ne doivent pas être remplacées par une largeur choisie dans un tableau général.
Mon-ERP cite notamment les références suivantes :
- 26/02/2007, article 4 ;
- 08/12/2014, articles 2 et 7 ;
- 20/04/2017, articles 2 et 6.
Pour chaque prescription retenue, demandez au concepteur d’identifier le texte, sa version et le cas auquel il s’applique. Cette traçabilité permet de distinguer une obligation réglementaire d’une recommandation ou d’une caractéristique de produit.
Préparer une demande technique exploitable par le fabricant
Les solutions fabricants doivent être examinées à partir du besoin réel. Entrepose Échafaudages décrit les escaliers Crabescal comme un ensemble de limons, marches, contremarches et garde-corps, assemblé selon le principe des attaches Crab. Mills met en avant la variété des configurations pour l’accès du public et le confort d’utilisation. Ces présentations ne dispensent pas d’une étude de l’installation prévue.
Pour obtenir une proposition pertinente, réunissez les éléments suivants :
- usage courant, accès de service ou participation à l’évacuation ;
- hauteur à franchir, niveaux desservis et emprise disponible ;
- effectif, fréquentation et profils des usagers ;
- implantation intérieure ou extérieure et exposition à l’humidité ;
- contraintes de support, de fixation et de raccordement aux paliers ;
- équipements de sécurité et documents de justification attendus.
Faites préciser la stabilité, les charges admissibles, les conditions de montage et les dispositions d’entretien pour la configuration proposée. Une annonce de conformité du système ne vaut pas validation de toute implantation. Le bon choix associe un ouvrage adapté, une installation justifiée et une circulation cohérente avec le bâtiment.
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