DH 30, IT 246, écran vitré : choisir le bon écran de cantonnement
Un écran de cantonnement est un dispositif de sécurité incendie placé en hauteur pour contenir les fumées dans une zone donnée et éviter qu’elles ne se répandent trop vite dans tout le bâtiment. Il intervient dans le désenfumage en découpant le volume en cantons, afin de préserver une hauteur libre sous la couche de fumée et de faciliter l’évacuation des occupants comme l’intervention des secours.
Définition opérationnelle : ce que fait réellement un écran de cantonnement
L’écran de cantonnement est une séparation verticale installée en sous-face de toiture ou sous un plancher haut. Sa fonction principale est de s’opposer à l’écoulement latéral des fumées et des gaz de combustion. Lors d’un incendie, les fumées chaudes montent, s’accumulent en partie haute, puis cherchent à se déplacer horizontalement. L’écran crée alors une limite physique qui canalise cette nappe de fumée dans un canton de désenfumage.
Ce dispositif ne remplace pas les exutoires, les DENFC ou les systèmes d’extraction, il fonctionne avec eux. Le désenfumage évacue les fumées, tandis que le cantonnement évite qu’elles se dispersent avant d’être extraites. Cette combinaison aide à garder plus longtemps des circulations praticables, à limiter l’opacité et à réduire l’exposition aux gaz chauds.
Une frontière en hauteur, pas une cloison classique
Contrairement à une cloison coupe-feu qui compartimente un local sur toute sa hauteur, l’écran de cantonnement descend depuis le plafond ou la toiture sur une hauteur déterminée. Il agit dans la zone où se forme la couche de fumée. On parle donc d’un ouvrage lié au comportement des fumées, à la hauteur de référence, à l’épaisseur de la couche de fumée et à la hauteur libre nécessaire sous cette couche.
Dans un entrepôt, un hall commercial, un atelier ou un atrium, cette logique est essentielle. Sans écran, la fumée peut se répandre latéralement sur de grandes distances. Avec des cantons correctement délimités, elle reste concentrée dans une zone où les organes de désenfumage peuvent agir plus efficacement. Le volume reste plus lisible et la progression des fumées est mieux maîtrisée.
Rôle en cas d’incendie : contenir les fumées pour gagner du temps utile
Les fumées représentent un danger majeur. Elles réduisent la visibilité, provoquent l’asphyxie par manque d’oxygène, transportent des gaz de combustion et peuvent causer des brûlures par leur température. Un écran de cantonnement sert d’abord à ralentir cette dégradation de l’environnement intérieur.
Instruction technique 246 : Désenfumage et sécurité incendie en ERP — Consultez les normes officielles concernant l’installation d’écrans de cantonnement pour limiter la propagation des fumées dans les établissements recevant du public.
Son intérêt se voit dans les premières minutes d’un sinistre. En limitant la propagation latérale des fumées, il contribue à maintenir des zones plus lisibles pour les occupants, facilite le repérage des issues et donne aux secours une meilleure lecture du foyer. Dans les bâtiments de grande hauteur sous plafond ou de grande surface, ce temps gagné compte vraiment.
Dans un hall ou un entrepôt, l’écran découpe le volume et évite qu’une nappe de fumée uniforme couvre tout le plafond. La zone touchée reste mieux délimitée, ce qui aide à organiser l’évacuation et à préparer l’intervention. Pour un bureau d’études ou un responsable sécurité, cette lecture des volumes compte autant que la performance du matériau.
Le lien direct avec la hauteur libre de fumée
La hauteur libre de fumée correspond à l’espace situé sous la couche de fumée, dans lequel les personnes doivent pouvoir circuler et les secours intervenir. Si l’écran est mal dimensionné, trop court ou mal implanté, la fumée peut passer au-dessus ou se diffuser trop largement. À l’inverse, un écran cohérent avec le volume du local permet de conserver une stratification plus maîtrisée.
C’est pourquoi le cantonnement se réfléchit avec la surface du local, la hauteur sous plafond, la position des exutoires, les obstacles en toiture et les scénarios d’évacuation. Un écran performant sur le papier peut devenir insuffisant si son implantation ne suit pas la logique réelle des flux de fumées. La hauteur libre n’est pas un détail, elle conditionne la sécurité d’usage.
Réglementation et normes : les repères à vérifier avant de prescrire
La référence réglementaire centrale pour le désenfumage en France est l’IT 246. Elle définit notamment le principe des cantons de désenfumage, délimités par des écrans ou par la configuration du local. Les exigences varient selon le type de bâtiment, notamment ERP, ERT ou ICPE, et selon les caractéristiques du volume à traiter.
Les écrans doivent présenter un comportement au feu adapté. On rencontre notamment des exigences de stabilité au feu de ¼ d’heure ou un classement DH 30, c’est-à-dire une tenue de 30 minutes selon les cas. Les matériaux doivent aussi répondre à des critères de réaction au feu, par exemple M1 ou B s3 d0 selon les Euroclasses définies par EN 13501-1.
Surfaces, longueurs et découpage en cantons
Le dimensionnement dépend des règles applicables au bâtiment et au local. Parmi les repères couramment utilisés figurent des limites de surface et de longueur des cantons, 2000 m², 1600 m², 1000 m² ou encore une longueur de 60 m selon les cas réglementaires et les configurations. Ces valeurs ne doivent pas être appliquées isolément. Elles se lisent avec la destination du bâtiment, la nature de l’activité, la hauteur du volume et le système de désenfumage prévu.
Pour les ICPE, les contraintes peuvent aussi intégrer une hauteur minimale d’écran et une distance minimale vis-à-vis du stockage. Dans ce contexte, l’écran ne sert pas seulement à guider les fumées. Il participe aussi à la protection des zones de stockage et à la limitation des effets d’un départ de feu sur les volumes voisins.
Preuve de conformité : ne pas se contenter d’une fiche commerciale
Un écran de cantonnement doit être justifié par des éléments techniques vérifiables : classement feu, procès-verbal, domaine d’application, conditions de pose, nature des fixations et compatibilité avec le support. Pour un ouvrage vitré, la performance ne concerne pas seulement le verre, mais l’ensemble dans son environnement, avec le vitrage, la structure dédiée, les attaches, la continuité de pose et le comportement sous température.
La conformité se lit donc dans le détail. Un produit peut afficher un bon classement et rester inadapté si le support, les fixations ou la configuration du local sortent du domaine d’emploi prévu. C’est pour cela que le procès-verbal et les limites d’utilisation comptent autant que la référence du produit.
Écran fixe, mobile, rigide, flexible ou vitré : quelle solution pour quel usage ?
Le choix d’un écran de cantonnement dépend autant du bâtiment que de l’exploitation quotidienne. Un hall visible du public, un entrepôt logistique, une usine ou une galerie commerciale n’ont pas les mêmes contraintes esthétiques, mécaniques et de maintenance.
| Type d’écran | Principe | Usage pertinent |
|---|---|---|
| Fixe | Présent en permanence sous toiture ou plancher haut | Locaux industriels, entrepôts, volumes où l’impact visuel est acceptable |
| Mobile | Déployé en cas d’incendie, souvent intégré à un DAS | Espaces où l’on souhaite préserver le volume ouvert en exploitation normale |
| Rigide | Panneau stable, souvent métallique ou vitré | Zones nécessitant une bonne tenue mécanique et une pose durable |
| Flexible | Rideau ou matériau souple résistant au feu | Configurations complexes ou besoins de déploiement discret |
| Vitré | Écran transparent intégré à l’architecture | ERP, halls, espaces commerciaux ou bâtiments à forte exigence esthétique |
Quand privilégier une solution vitrée ?
Un écran vitré répond à une problématique fréquente : assurer le cantonnement des fumées sans fermer visuellement l’espace. Il peut être pertinent dans un bâtiment recevant du public, un hall d’accueil ou une circulation où la transparence participe à la qualité architecturale. Des solutions en verre de sécurité, parfois en verre monolithique de 8 mm, peuvent offrir une réponse discrète tout en respectant les exigences de résistance et de réaction au feu.
La vigilance porte alors sur le poids, les supports et les fixations. Un vitrage peut représenter une charge significative, par exemple autour de 20 kg/m² selon sa composition. La structure porteuse, les attaches continues et les tolérances de pose doivent donc être cohérentes avec le procès-verbal et le domaine d’emploi du produit.
Bien choisir et installer : les critères qui évitent les non-conformités
Le bon écran n’est pas seulement celui qui affiche le bon classement feu. C’est celui qui correspond au scénario de désenfumage, au bâtiment et aux contraintes de chantier. Avant de retenir une solution, il faut croiser les plans, la réglementation applicable, les hauteurs disponibles, les réseaux techniques en plafond et les conditions de maintenance.
- Identifier le bâtiment : ERP, ERT, ICPE ou autre configuration réglementaire.
- Définir les cantons : surface, longueur, hauteur libre de fumée et position des exutoires.
- Choisir le type d’écran : fixe, mobile, rigide, flexible ou vitré selon l’usage.
- Vérifier les classements : stabilité au feu, DH 30, M1 ou B s3 d0 selon le besoin.
- Contrôler la pose : support, fixations, continuité, obstacles et conformité au procès-verbal.
Sur un projet neuf, l’écran de cantonnement doit être intégré tôt, idéalement dès la conception du désenfumage naturel ou mécanique. En rénovation, l’enjeu est souvent plus délicat. Réseaux existants, faux plafonds, charpente, contraintes d’exploitation et coactivité peuvent imposer une solution sur mesure.
Pour sécuriser une prescription, il faut demander un cahier technique, les justificatifs de classement et, si nécessaire, un avis d’un fabricant ou d’un bureau d’études spécialisé. Un devis pertinent doit préciser le type d’écran, ses dimensions, son mode de fixation, ses performances feu et les limites exactes de son domaine d’application.



