Guide-file et serre-file : deux rôles distincts pour évacuer sans oublier personne
Lors d’une évacuation incendie, le déclenchement de l’alarme ne suffit pas à garantir la sécurité de tous. Il faut un itinéraire connu, des personnes identifiables, un point de rassemblement et un contrôle fiable des zones évacuées. C’est le rôle complémentaire du guide-file et du serre-file : le premier conduit le groupe, le second vérifie que personne ne reste en arrière.
Guide-file et serre-file : deux missions, un même objectif
Le guide-file et le serre-file sont des salariés désignés pour organiser l’évacuation d’une zone, d’un étage ou d’un bâtiment. Leurs appellations décrivent leur position dans le mouvement d’évacuation. Ensemble, ils encadrent les occupants entre le déclenchement de l’alarme et le rassemblement en zone de non-danger.
Quiz : Guide-file et Serre-file
| Fonction | Position pendant l’évacuation | Mission principale | Information à transmettre |
|---|---|---|---|
| Guide-file | En tête du groupe | Conduire vers l’issue de secours et le point de rassemblement | Itinéraire impraticable, difficulté rencontrée, groupe arrivé |
| Serre-file | À l’arrière du groupe | Vérifier les locaux et fermer la marche | Personne manquante, zone non évacuée, danger constaté |
Le guide-file conduit sans improviser
À l’audition du signal sonore d’alarme, le guide-file invite les personnes présentes à évacuer calmement par l’itinéraire prévu. Il connaît les issues de secours, les cheminements de repli et le point de rassemblement. Son rôle n’est ni de combattre le feu ni de retourner chercher un collègue. Il évite les hésitations, les demi-tours et l’utilisation de l’ascenseur, puis conduit le groupe hors de la zone dangereuse.
Le serre-file contrôle sans se mettre en danger
Le serre-file ferme la marche après avoir vérifié, dans la limite du possible et sans s’exposer, les bureaux, sanitaires, salles de réunion et autres locaux de sa zone. Selon les consignes de sécurité incendie, il ferme les portes et, éventuellement, les fenêtres des locaux non sinistrés pour limiter la circulation des fumées. S’il constate une personne absente, bloquée ou une zone inaccessible, il ne prend pas de risque. Il transmet immédiatement l’information au responsable d’évacuation et aux secours.
Ce que l’employeur doit organiser selon le Code du travail
La réglementation n’impose pas l’utilisation précise des termes « guide-file » et « serre-file ». En revanche, l’employeur doit prévoir une organisation permettant de diriger l’évacuation et de protéger les travailleurs. Les articles R. 4227-37 à R. 4227-39 du Code du travail encadrent notamment les consignes de sécurité, les instructions données au personnel et les exercices pratiques.
L’article R. 4227-38 prévoit des consignes de sécurité incendie dans les établissements où peuvent être occupées ou réunies habituellement plus de 50 personnes, ainsi que dans certains établissements présentant des risques particuliers. Ces consignes doivent notamment désigner les personnes chargées de diriger l’évacuation, indiquer les moyens d’alerte et préciser la conduite à tenir. Même lorsque ce seuil n’est pas atteint, une organisation adaptée reste nécessaire au regard de l’obligation générale de sécurité de l’employeur.
L’article R. 4227-39 prévoit des essais et des visites périodiques du matériel, ainsi que des exercices pendant lesquels les travailleurs apprennent à reconnaître le signal d’alarme, à utiliser les moyens de premier secours et à exécuter les manœuvres nécessaires. Ces exercices doivent avoir lieu au moins tous les six mois. Leur utilité est concrète : un plan affiché ne révèle pas une porte bloquée, une zone oubliée ou un effectif mal compté.
Combien de binômes prévoir dans l’entreprise ?
Il n’existe pas de ratio légal unique de guide-files et de serre-files. Les recommandations varient. Un binôme pour 10 salariés est cité par les Éditions Tissot, tandis que Prévention BTP évoque un guide-file ou un serre-file pour 25 personnes. Ces repères ne doivent donc pas être appliqués mécaniquement. Le dimensionnement dépend surtout de la configuration du site, de ses risques et de la présence effective des personnes.
Raisonner par zone, et pas seulement par effectif
Un petit effectif réparti sur plusieurs étages, ailes ou bâtiments nécessite davantage de relais qu’une équipe de même taille réunie dans un plateau ouvert. Il est pertinent de prévoir au moins un binôme par zone d’évacuation identifiable : étage, atelier, entrepôt, chantier, bâtiment annexe ou secteur isolé. Les zones à risques, les circulations longues et les espaces accueillant des visiteurs demandent une vigilance renforcée.
Pour concevoir l’organisation, examinez notamment :
- le nombre de niveaux, d’issues et de cheminements possibles ;
- les horaires décalés, le télétravail partiel et les équipes postées ;
- la présence de sous-traitants, clients, visiteurs ou nouveaux arrivants ;
- les personnes ayant besoin d’un accompagnement spécifique ;
- les congés, absences et remplacements des titulaires.
Un plan d’évacuation peut être lu comme une carte à parcourir dans les deux sens. Le guide-file vérifie le trajet vers la sortie ; le serre-file examine le retour depuis le fond de la zone. Cette lecture croisée fait apparaître les angles morts : une salle secondaire, un sanitaire éloigné, une mezzanine ou une porte habituellement maintenue fermée. Elle permet d’attribuer précisément les périmètres de vérification, plutôt que de demander à chacun de « regarder partout ».
Prévoir des suppléants est indispensable
Un dispositif qui repose sur deux personnes absentes le jour d’un sinistre ne protège personne. Désignez des suppléants formés pour chaque zone, tenez une liste accessible et actualisez-la lors des arrivées, des départs ou des changements de locaux. Un brassard ou un gilet haute visibilité peut aider les occupants à reconnaître rapidement les personnes chargées de les guider, notamment dans un ERP, un entrepôt ou un site industriel.
Préparer les guide-files et serre-files à agir efficacement
Une formation guide-file/serre-file doit privilégier la pratique. Les personnes désignées doivent connaître les particularités de leur environnement : plans d’évacuation, issues normales et issues de secours, zones à risques, déclencheurs manuels, point de rassemblement, consignes internes et interlocuteurs à prévenir. Une demi-journée de formation est une pratique courante. Elle peut être complétée par un recyclage recommandé chaque année et par les exercices réguliers.
Les limites de leur intervention doivent être claires
Le guide-file et le serre-file organisent l’évacuation. Ils ne remplacent ni les secours extérieurs ni les équipiers de première intervention. Une même personne peut cumuler ces fonctions si l’organisation, l’effectif et les risques le permettent, mais ce choix doit être évalué avec prudence. En présence de fumées, de chaleur, d’un doute sur la praticabilité d’un local ou d’un danger immédiat, la priorité est de ne pas s’exposer.
Les consignes doivent aussi prévoir le cas des personnes à mobilité réduite, des personnes handicapées ou temporairement empêchées. Leur accompagnement ne s’improvise pas le jour de l’alarme. Il doit être défini en amont, avec les itinéraires disponibles, les zones d’attente éventuelles et les personnes susceptibles d’apporter une aide adaptée.
Transformer l’exercice d’évacuation en outil de prévention
Un exercice utile reproduit la chaîne complète de décision, depuis l’alarme jusqu’au compte rendu. Le responsable d’évacuation coordonne les informations transmises par les binômes, tandis que le point de rassemblement devient le lieu de vérification des présences. Le comptage doit s’appuyer sur une liste du personnel actualisée et tenir compte des visiteurs ou des entreprises extérieures présents ce jour-là.
- Déclencher l’alarme et observer la réaction des occupants.
- Faire guider les groupes vers les issues prévues, sans emprunter d’ascenseur.
- Faire vérifier les zones attribuées par les serre-files, sans prise de risque.
- Rassembler les personnes, réaliser le comptage et signaler immédiatement toute absence.
- Débriefer l’exercice, relever les difficultés et attribuer les actions correctives.
Consignez la date, les zones testées, le déroulement, les personnes manquantes ou retardées, les obstacles observés et les décisions prises. Ce suivi permet de corriger une signalétique insuffisante, une liste obsolète ou une répartition inadaptée des rôles. Les exercices rendent aussi visibles les écarts entre les consignes prévues et la réalité des locaux. Avec une organisation suivie, l’évacuation devient un réflexe collectif plutôt qu’une suite d’initiatives désordonnées.
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